Rencontre avec Rémi Malotaux, Expert Achats

interview remi malotaux

Nous avons eu l’opportunité d’interviewer Rémi Malotaux, qui possède une expérience de plus de 23 ans dont 20 dans le domaine des achats. Au fil de sa carrière, Rémi a travaillé dans divers secteurs, notamment dans l’industrie de la machine spéciale, du mobilier de jardin et produits de construction – menuiserie PVC -, ainsi que dans la robinetterie et le HVAC. Sa passion pour les achats techniques et la collaboration inter-service l’a conduit à travailler sur des projets complexes avec des fournisseurs du monde entier. Dans cet article, il nous parle de son parcours et de son expérience en matière d’achats, mettant en avant les défis qu’il a rencontré et les solutions qu’il a développé pour y faire face.

Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

Je m’appelle Rémi Malotaux et j’ai 23 ans d’expérience professionnelle dont 20 ans dans le domaine des achats. J’ai suivi une formation commerciale en gestion marketing dans le secteur vinicole, puis j’ai commencé ma carrière dans des fonctions commerciales et liées au vin. Cependant, une opportunité amicale suite à une cooptation m’a fait intégrer un service Achats au sein de Bobst (anciennement Martin), une entreprise qui fabrique des machines pour l’industrie du carton ondulé.

J’ai commencé comme assistant Achats en binôme avec un acheteur qui a  été dédié au projet SAP. Pour gérer ses dossiers Achats pendant les périodes où il était détaché, le management m’a proposé de le seconder et devenir acheteur junior. Cela m’a permis de connaître tout le processus Achats et d’être formé par mes pairs sur le terrain à des achats industriels. À cette époque, l’un des outils de l’acheteur était Excel, et pendant cette mission cela m’a permis de remettre un pied du côté technique. J’ai réalisé que c’était quelque chose qui me plaisait, et c’est devenu un fil rouge tout au long de ma carrière.

Ensuite, j’ai travaillé chez Grosfillex, une entreprise de mobilier de jardin et fabrication de menuiseries pvc, où j’avais notamment comme principal portefeuille les achats de vitrage. Ce marché était très oligopolistique avec seulement 4 fournisseurs réellement capables de répondre en termes de volume. Eux même ne pouvaient s’approvisionner qu’auprès 3 fournisseurs de float. Cette expérience a été très formatrice car j’ai préparé des négociations en collaboration avec la direction générale de la division et j’ai été partie prenante dans les décisions. J’ai également fait des achats de profilages d’acier, des systèmes de fermetures sur les menuiseries, et cela a été, l’occasion de développer, un autre des fils rouges de ma carrière : le travail en collaboration avec les bureaux d’études dans un esprit collaboratif inter-service.

J’ai ensuite intégré la société Bayard. Bayard est connu inconsciemment du grand public car c’est elle qui fabrique une partie des bornes rouges au bord des routes et des fontaines dans les squares. Sinon elle fabrique aussi les systèmes de protection, raccordement, régulation et sectionnement  du réseau eau potable (hors tuyaux). Cela m’a permis de revenir à des achats plus techniques et plus concurrentiels. Une nouvelle fois, j’ai eu à m’adapter à de nouveaux types de produits, de nouvelles technologies et d’élargir ma zone de sourcing. Suite à la vente, par le groupe Tyco, des sociétés de la branche “Waterworks”, une marque ombrelle a créé  – Talis pour créer des synergies tant au niveau commercial mais surtout achats. C’est à cette occasion, que je suis parti en tant que commodity manager. J’ai travaillé sur la rationalisation, l’échange et le transfert de données avec différents sites du groupe et mes collègues européens. C’était très intéressant car c’était multiculturel en interne et en externe, ce qui m’a permis de voir les façons dont chacun pouvait appréhender le business selon son origine. J’étais aussi en charge du sourcing en Asie du Sud-Est (Vietnam) pour développer le côté extrême orient niveau achats. J’ai été intéressé de voir comment on pouvait travailler avec des fournisseurs asiatiques. J’aime être sur le terrain et dans l’usine pour voir comment ça se passe

Après 2 ans ½ en qualité de commodity manager, j’ai évolué sur le poste de responsable des achats du site où j’ai pu pratiquer un peu de management hiérarchique. Le groupe avait mis en place des ateliers très intéressants, un travail collaboratif multi-service et multiculturel appelés “VAVE” Value Analysis Value Engineering. Nous achetions des produits de sociétés concurrentes que nous démontions pour faire du benchmark le but étant de concevoir “le best in class product” en mêlant le meilleur de notre produit et le meilleur des produits concurrents. C’était ma plus grosse expérience et c’est là où j’ai quelques beaux dossiers à mon actif sur des changements de technologies et de matières..

J’ai ensuite quitté Bayard pour partir chez Boostheat, une startup au démarrage, où tout était à construire. Nous voulions créer une solution de chauffage sous le principe d’une pompe à chaleur à gaz. Il y avait un projet très motivant qui a fait que tout le personnel était extrêmement motivé et impliqué. Nous avions tout à créer : mettre en place les procédures, qualifications et gérer le panel fournisseurs. C’était un travail collaboratif entre le BE la qualité, les achats et les autres services de l’entreprise. Nous avons tous développé et commencé à installer, mais le covid est entré en scène et malgré notre enthousiasme des problèmes techniques, géopolitiques et économiques on eu raison de l’aventure. Un rachat a gardé une partie du projet mais sous une autre forme.

Aujourd’hui, je mets mes compétences à disposition pour des achats techniques sur des projets à dominante internationale.

À quoi ressemble votre journée type ?

Ma journée démarre en vérifiant les performances et les livraisons des fournisseurs afin de voir s’il y a un risque pour la production. Si une urgence survient, je traite rapidement le problème. Ensuite, je travaille sur différents dossiers en collaboration avec le bureau d’études pour lancer des consultations pour une famille de pièces. Je traite également les litiges concernant les prix ou la qualité avec les fournisseurs.

Je prépare les négociations en récupérant toutes les données relatives à la qualité et aux délais de livraison pour pouvoir améliorer la situation ou contrer une éventuelle hausse de prix. J’utilise également des outils micro sur les performances des fournisseurs  qui permettent de déclencher des analyses internes plus précises.

Je participe également à des salons et effectue une veille technologique et concurrentielle. Je surveille également la gestion des risques fournisseurs, comme lors de la crise de 2008 où nous avons dû faire beaucoup de veille pour nous sécuriser vis-à-vis de nos fournisseurs.

En tant qu’acheteur, mon travail ne se limite pas à la négociation des prix. Je travaille sur la gestion du risque avec les bureaux d’études, les finances, le marketing achats, etc. Il est également important de bien connaître ce qui se passe en interne pour savoir ce que nous fabriquons et rester à jour sur les tendances du marché.

Qu’appréciez-vous le plus dans votre métier ?

Je suis vraiment passionné par la diversité que mon métier m’offre. C’est cette possibilité de découvrir de nouvelles choses régulièrement qui me rend vraiment heureux. En effet, il n’y a pas vraiment de journée type dans mon travail et il arrive parfois que je planifie une to-do list mais je ne réussis pas à tout faire à la fin de la journée car d’autres sujets plus urgents sont apparus. Ce qui est formidable, c’est que mon métier ne se limite pas seulement à travailler derrière mon bureau.

La diversité se trouve dans les différentes missions qui me sont confiées. Il peut s’agir de non ferreux sur de la fonderie ou de pliage de tôle. Mais il y a aussi des jours où je suis amené à me rendre chez un fournisseur pour voir comment se déroule l’emboutissage profond et comprendre comment peut être produite une pièce. Cela me permet d’analyser le coût de production et de mieux comprendre comment cela fonctionne. Cette diversité s’applique non seulement au côté technique mais aussi à la relation avec les fournisseurs. Nous cherchons constamment des solutions technico-économiques pour établir une relation de partenariat et de développement durable plutôt que de simplement nous battre sur les coûts.

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur une expérience vécue en lien avec votre métier ? 

Chez Grosfillex, notre fournisseur de crémones (système de fermetures pour les fenêtres) a annoncé qu’il allait changer de gamme. Nous avons donc remis en question le dossier (3,5M€ de dépenses annuelles) et après avoir visité et examiné tous les fournisseurs potentiels, nous avons sélectionné un fournisseur français et négocié le tout. Il y a eu des négociations sur l’approvisionnement et la révision des prix, ainsi que sur le côté juridique avec des allers-retours avec le directeur commercial de l’entreprise. Après avoir fait plusieurs rounds de négociation et fini par signer un accord et au au siège de la société, le directeur commercial m’a dit qu’il avait apprécié le fait : “que je savais sortir  les dents qu’à bon escient”. Nous avons finalement réalisé une économie comprise entre 10 et 15% grâce à cette renégociation. J’aime raisonner en termes de coûts plutôt que de prix.

Que pensez-vous des achats au sein d’une entreprise ? 

Il est vrai que cette fonction a longtemps eu une mauvaise réputation, mais les temps ont changé. Notamment en cette période de pandémie et de hausse des matières premières, le management des entreprises a pris conscience de la vraie valeur de notre métier. Les gains potentiels pour l’entreprise sont considérables, comparés à un gain commercial classique.

Il est également de notre devoir, en tant qu’acheteur, d’être proactif et de faire monter notre fonction dans la prévention et l’anticipation des risques. Nous devons éviter de subir des hausses opportunistes, comme celles qu’on a pu voir ces derniers temps. Par exemple, les verriers qui prétendaient qu’il y avait une pénurie de verre, mais ont augmenté leur résultat net de 40%. Il est important de rester vigilant face à ce genre de situation.

Comment imaginez-vous les achats dans le futur ? 

J’imagine que dans le futur, les achats ne seront pas uniquement automatisés. Il y aura toujours besoin de contacts humains, d’échanges avec les fournisseurs pour trouver les solutions les plus efficaces. Toutefois, l’intelligence artificielle pourra aider à prendre conscience du passé pour mieux appréhender l’avenir. Elle permettra également de réaliser une veille technologique et de prévoir les risques marchés. Ainsi, il sera possible de travailler sur des prévisions plus précises, de manière préventive plutôt que curative.

Par ailleurs, l’aspect écologique sera primordial dans les achats futurs. Nous devrons prendre en compte le type d’achat, la localisation des fournisseurs, en privilégiant les fournisseurs locaux ou nationaux, afin de réduire l’empreinte carbone. Les achats devront donc devenir de plus en plus éco-responsables pour garantir un avenir durable.

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Selon vous, quels sont les atouts de la digitalisation des achats ?

Je suis convaincu que la digitalisation des achats présente de nombreux avantages. Tout d’abord, elle permet de gagner un temps précieux grâce à l’automatisation des processus de traitement des données. Cela nous permet de dégager du temps pour mieux travailler sur certains dossiers et ainsi être plus efficaces dans notre travail.

De plus, la digitalisation des achats facilite grandement le partage d’informations entre les différents acteurs impliqués dans le processus d’achat. Cela permet une meilleure collaboration et une meilleure coordination dans la promotion des achats. En somme, la digitalisation est un véritable atout pour la fonction achats et nous devons l’embrasser pour améliorer nos performances et rester compétitifs.

 

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